Les projections de population nous disent qu’en 2050, nous serons 9 milliards d’individus sur la planète. C’est près de 2 milliards de plus qu’aujourd’hui et autant de bouches supplémentaires à nourrir. Seulement, avec les conséquences du réchauffement climatique, il va y avoir de grands changements dans notre assiette et celle-ci risque également de nous coûter plus cher. Face à ces bouleversements, nous devons adapter notre production agricole et notre façon de nous alimenter.

Les changements dus au réchauffement climatique

Baisse de productivité et épidémies

Le dérèglement du climat crée une instabilité dans la production agricole. Nous le constatons tous, les dérèglements climatiques créent des conditions météo où des journées très froides succèdent à des journées très chaudes. Cela a un impact négatif immédiat sur les cultures et en particulier sur celles des fruits et des légumes, car le cycle de productivité est rompu. En quelque sorte, entre bourgeonnement et éclosion, la plante ne sait plus où elle en est. À cela, s’ajoute un risque accru d’épidémie, car, sans un hiver froid, le risque de maladie est plus grand. Un hiver froid va permettre de faire le tri parmi certains champignons et certains insectes, qui ne survivent pas à basse température. Ce cycle naturel agit directement pour la prévention des épidémies, mais lorsque le climat se réchauffe, les insectes et champignons vont pouvoir survivre et se développer, impactant les plantes et les animaux qui peuvent développer des maladies.

Hausse des prix

Avec de mauvaises années pour lesquelles la production risque de se réduire, cela va entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires. Résultat, entre sécheresse et épidémie, les prix pourraient non seulement s’envoler, mais cela irait encore plus loin, car certains aliments pourraient se raréfier. Les denrées les plus menacées sont l’avocat, le cacao ou les noix qui sont cultivées dans les régions du monde les plus touchées par le réchauffement climatique. Certaines ONG prévoient des hausses de prix pour 2030, par exemple, une augmentation de 177 % du prix du maïs, de même le blé pourrait augmenter de 120 % et le riz de 107 %. Comme pour les céréales, les fruits et légumes pourraient être aussi impactés.

Refinery with smoke and global warming concept

Changement de goût et de qualité nutritionnelle

En 2013, une étude scientifique japonaise a étudié les caractéristiques des pommes depuis les années 1970 et ils se sont rendu compte qu’en l’espace de 40 ans, les pommes devenaient un peu plus sucrées, un peu moins acides et leur texture avait également changé. Il en va de même pour le vin, les dates des vendanges sont de plus en plus précoces, on obtient des raisins qui vont être plus sucrés, du vin plus alcoolisé, mais aussi peut-être moins de complexité dans les arômes et cela peut changer le goût du vin. Nos aliments sont adaptés à des conditions climatiques particulières et quand ces conditions changent, nous connaissons des perturbations également au niveau de la qualité nutritionnelle de l’aliment.

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Adapter le système agricole aux nouvelles conditions

Nous pouvons essayer de réfléchir à une meilleure adaptation des végétaux et des races animales aux conditions climatiques locales, donc sélectionnées en fonction du climat pour avoir des animaux et des plantes qui y sont plus adaptés. Il faudra, dans l’absolu, une adaptation du système agricole aux nouvelles conditions.

Des solutions existantes et efficaces à généraliser

La culture sous serre en est un exemple. Ce sont des serres écologiques de grande envergure alimentée en énergie durable grâce à des panneaux solaires qui permettent de faire fonctionner un système, soit de réchauffement, soit de refroidissement pour garantir une température constante. La serre limite également la consommation en eau avec un système de goutte-à-goutte et est un moyen efficace de lutter contre les insectes. Le seul problème, c’est l’image qu’a le consommateur de la culture sous serre qui n’est pas forcément bonne, bien souvent à tort.

Redistribution géographique et nouvelles cultures

Il va y avoir une redistribution géographique par rapport à la culture de certaines denrées. On pourra peut-être cultiver du blé ou du colza en Sibérie ou au nord du Canada. Une nouvelle géographie des cultures risque de se produire. En France, face au réchauffement climatique, de nouvelles cultures se développent. C’est le cas en Normandie par exemple, où des agriculteurs se sont convertis à la culture du pois chiche depuis quelques années. Ce légume sec, généralement cultivé dans le sud, est adapté aux nouvelles habitudes alimentaires de la population et la demande a triplé en quelques années. Pour le moment, ces cultures en sont au stade expérimental et malgré un démarrage assez prometteur, la baisse des prix avec l’augmentation de la demande risque de dérouter certains agriculteurs. Il faudra encore un peu de temps pour savoir si cela est vraiment pertinent. Une autre filière, celle du soja, se développe également. Là aussi, la demande est très forte pour cette denrée et va exploser dans les années à venir. Le choix de cette nouvelle filière n’est donc pas anodin, les importations de soja à travers le monde montrent que ces denrées sont souvent issues d’une agriculture OGM de masse, des parcelles agricoles de tests dans le nord voient le jour.

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La recherche pour la sélection de variétés adaptées

L’observation in situ par des chercheurs, du comportement des plantes en fonction de la météo et de la qualité de l’air permet de mesurer la résistance et d’isoler un spécimen en particulier pour l’étudier. Grâce à des modèles informatiques, les scientifiques arrivent à prévoir quelle variété est la mieux adaptée aux changements climatiques. C’est en quelque sorte une sélection par le génome. Les variétés de céréales comme le blé ou le maïs ont une tendance naturelle à l’adaptation et ont connu et connaîtront des mutations. Comprendre ce phénomène par la science permet de mieux guider les agriculteurs dans leur choix de variété.

Conclusion

Aujourd’hui, on estime que si rien n’est fait pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique d’ici 2050, il y aura sur terre entre 10 et 20 % de personnes supplémentaires qui souffriront de malnutrition. Faire évoluer l’agriculture dans le respect de l’environnement tout en assurant la sécurité alimentaire est un défi immense pour nous et les générations futures.